paris ou le souvenir de moi



j’ai quitté paris le jour de mes quarante ans.

au fil de l’absence, paris s’est découvert mon village ma racine mon évidence.
mon petit village est cette grande ville. c’est d’elle d’ou je viens.
mon arbre est une tour en fer, ma forêt une promenade de colonnes rayées. ma grotte est une entrée de métro sur la place colette.
mon passage secret s’ouvre sur une pyramide une nuit d’hiver.
j’ai entreposé des larmes dans ses jardins, des rires fous dans ses coins de rues, des océans de paroles dans ses cafés, des soupirs
dans ses métros, des chuchotements sur ses ponts, des silences dans ses matins blancs, des complicités dans ses salons de thé japonais.
tant de souvenirs comme des petits cailloux blancs déposés dans les rues, sur les ponts, derrière les fenêtres, dans les musées,
troquets, bars, restaurants, métros, tunnels, arrières-cours, escaliers, paliers, chambres d’hôtels, balcons…

[penser à paris aujourd’hui parfois me terrasse bloque mon souffle]