un voyage pour renouer les fils d'un temps perdu, gâché par les incompréhensions, par la mauvaiseté des chemins qui se séparent. un voyage pour effacer les traces de ce passé vide, remplir de mots les différences insupportées et poser des visages sur les masques de l'absence, enfin

 

découvrir aussi une ville en pleine effervescence artistique, dialoguer au creux de nos intimes pour ne pas regarder la tristesse des corps vieillis et des visages cernés, tenter de recoller un présent sur des riens, ramener la parole pour déjouer les silences

 

bientôt, quand le flou aura investi la mémoire de ces quelques journées, nous irons sourire de ces moments, tristes ou anodins, nous les colorirons de nos rires réels ou supposés, y ajouterons des couleurs sépias ou gaies, auxquelles nous accrocherons notre passé et notre avenir, grossissant nos boites à mémoires, gommant les fatigues et les pluies, effaçant les silences et les malaises, conservant avec une délicate nostalgie ces images que nous refabriquerons pour nous complaire, dès que la page aura tourné

 

alors, alors, blanchir les pages de cette presse adorée qui nous relie au réel, traduisant jour après jour les événements de ce monde étrange qui nous enveloppe et s'invente sans nous, loin, si loin de nos drames intimes et de nos immenses bonheurs, de nos quotidiens entremêlés d'anecdotes qui envhaissent nos importances, sans jamais entrechoquer le dialogue de la grande histoire collective

il faudra aussi regarder à la marge des formats utiles, les points de quadrichromies et croix de repérages, signes minutieux que nous envoient les puissantes machines à imprimer dans l'odeur de l'encre et de la nuit... alors que nous gommons dans nos carnets intimes les grésillements de nos propres marges et que nos mémoires jaunissent inexorablement, telles les couleurs dont s'enveloppe déjà le papier journal

 

se souvenir du voyage à nantes comme de la ronde de nos corps dans ces territoires qui perdront leur identité, desquels il ne survivra que le sentiment d'avoir vécu ensemble, et pourtant chacun si imprégnés de nos solitudes, ces quelques journées sur lesquelles se construira enfin cette possibilité de retour, étrange et tellement fondatrice...